🎙 Interview – La concertation est- elle devenue une dimension stratĂ©gique du dĂ©veloppement de parcs Ă©oliens ?

Nous avons interrogĂ© Patrick Simon, Directeur GĂ©nĂ©ral d’EDP Renewables – EDPR, sur la concertation autour des projets de parcs Ă©oliens. Il partage sa vision sur les enjeux stratĂ©giques du dĂ©veloppement des parcs Ă©oliens sur le territoire français et comment EPDR a adaptĂ© ses mĂ©thodes de concertation pour assurer le succès d’un projet d’implantation d’éoliennes.

Quels sont pour vous les facteurs de succès d’un projet éolien aujourd’hui ?

Il y a des facteurs technico-économiques et des facteurs plus politiques, d’acceptabilité du territoire. Pour les premiers, je parle de la performance technique du parc, du prix de revient de l’énergie produite, de la rentabilité d’un projet, pour ceux-là, on peut toujours trouver des solutions, on a des options techniques pour jouer sur ce plan. Pour la dimension politique, d’acceptabilité du territoire, c’est la concertation qui nous apporte des solutions.

Comment avez-vous fait évoluer la stratégie de concertation à votre arrivée chez EDPR ?

La concertation fait partie intégrante du développement des projets, ça existait avant moi. J’ai voulu professionnaliser la concertation : bien gérer la concertation, c’est une activité à part entière. Il y a eu une prise de conscience qu’on ne pouvait pas uniquement se reposer sur les chefs de projet, qui ont énormément à faire pour bien développer un projet et qui n’ont pas forcément les compétences nécessaires pour assurer une concertation réussie. C’est important de s’appuyer sur des professionnels pour choisir la bonne stratégie de concertation et la mettre en œuvre.

Cela nous a permis de faire progresser la qualité de la relation avec les parties prenantes, la qualité de la communication, des présentations auprès des mairies et in fine la qualité des dossiers pour le processus administratif. Si on revenait 4 ans en arrière, on serait certainement surpris par tous les progrès réalisés.

Patrick Simon est directeur général et travaille dans le secteur de l’énergie depuis plus de 25 ans. Il a débuté chez EDF et est devenu directeur à la centrale thermique de Cordemais (Loire- Atlantique) avant de prendre la direction de la filiale Norte Fluminense au Brésil. Il a ensuite rejoint les énergies renouvelables, d’abord en tant que directeur général adjoint chez RES, puis chez EDP Renewables où il occcupe le poste de directeur général pour la France et la Belgique depuis 2017.

Est-ce que cette vision de la concertation comme un outil stratégique pour le développement des projets est partagée parmi les autres dirigeants du secteur éolien?

Oui je pense que tous les développeurs ont compris que la concertation était importante pour la réussite des projets.

Par contre, il existe encore des différences dans la manière de mener la concertation. Accepter de l’externaliser en partie, de s’appuyer sur des partenaires extérieurs n’est pas la règle chez tous nos concurrents. Certains développeurs sont encore trop focalisés sur l’aspect technique d’un projet par rapport à la capacité à faire adhérer un territoire et par conséquent y consacrent moins de moyens.

J’accorde quant à moi beaucoup d’importance à la concertation. Cela se voit dans les profils que nous recrutons pour les équipes de développement chez EDPR et dans l’habitude prise de travailler avec des partenaires extérieurs.

Tout concourt à accélérer l’importance de la concertation

L’importance de la concertation a-t-elle évolué ?

Tout concourt à accélérer l’importance de la concertation. Il y a 15 ans, les projets étaient plus faciles à développer, car l’opposition à l’éolien était moins structurée, moins organisée.

Aujourd’hui, les projets sont plus complexes, on doit se développer sur des territoires plus complexes, les sites des projets sont plus proches des habitations, de sites naturels, de forêts. Donc on doit anticiper davantage de questions, de doutes, d’attentes et cela renforce l’importance de la concertation et l’importance de bien expliquer ce que l’on fait. Ensuite l’opposition est de mieux en mieux structurée, elle se «professionnalise» donc il faut être irréprochable pour éviter de lui donner des points d’accroche.

Par ailleurs le gouvernement favorise la participation des acteurs locaux dans les projets sous diverses formes (investissement participatif par exemple). Cela renforce le besoin de concertation locale, d’expliquer à la population pourquoi on choisit un projet et le cas échéant comment elle peut y être associée.

Dans ce contexte, je vois la concertation comme un outil stratégique : si elle est bien menée, elle va singulièrement réduire les risques futurs de retard ou d’arrêt d’un projet. Dit autrement : ce n’est pas accessoire, c’est nécessaire pour la réussite des projets. Et cette vision est de plus en plus partagée : on voit sur le marché de l’emploi de plus en plus d’offres pour recruter des responsables de la concertation, dont le rôle est de coordonner le travail des chefs de projets et des partenaires extérieurs et faire de la concertation un outil stratégique.

Quels sont les effets positifs sur le développement d’un projet ?

C’est un atout pour le business : ça fait gagner du temps dans le processus administratif. On sait que l’administration valorise la co-construction et un dossier bien fait doit montrer comment il organise la concertation. Non seulement on va gagner du temps, mais on augmente aussi les chances d’obtenir les autorisations et on réduit les risques d’annulation en cas de recours juridique.

La concertation regroupe finalement tous les moyens pour mobiliser un maximum d’acteurs locaux : bien les informer mais aussi être capable de les écouter.

L’information doit aller dans les deux sens et on tient compte des retours de la concertation pour dĂ©finir les caractĂ©ristiques de nos projets (nombre et emplacement prĂ©cis des Ă©oliennes, utilisation des voies publiques pour les accès, Ă©loignement de certains points sensibles du territoire, calendrier des travaux, …)

EDPR

EDP Renewables est une filiale du groupe portugais EDP (Energias de Portugal). EDPR est leader mondial des énergies renouvelables et 4e producteur mondial dans l’éolien.

Explain travaille régulièrement avec EDPR en organisant des campagnes de porte-à-porte pour aller au contact direct des riverains, qu’est-ce qui vous a fait choisir ce mode de concertation ?

Quand on repense à l’ère “pré-Explain”, oserais-je dire préhistorique, on avait le sentiment d’associer le territoire avec des outils classiques (réunions publiques notamment) mais on s’est rendu compte qu’on associait en fait seulement une petite partie des personnes, celles qui acceptaient de s’intéresser au projet et d’y consacrer du temps.

Si on se contente des outils classiques, on se rend compte qu’on s’adresse uniquement à une petite partie des gens, qui ne sont pas représentatifs de la population. Par exemple, si on fait une réunion publique avec 20 personnes, on a un échantillon bien trop petit pour être représentatif. Mais ce n’est pas tout, cet échantillon est également biaisé : les personnes qui se mobilisent pour participer à une réunion publique sont souvent là pour exprimer des réticences à un projet. Et quand seule une minorité a parlé, on ne sait pas quelles orientations donner à un projet : il y a un effet de loupe déformante de la réalité.

Le porte-à-porte a une promesse claire : “Soyons exhaustifs, allons informer l’ensemble de la population et recueillir des éléments d’informations chez tous les habitants directement concernés par l’ouvrage”. Cet outil nous permet de savoir avec beaucoup plus de certitude si un projet est soutenu localement ou s’il y a un défaut d’information ou un risque d’opposition dure.

Le porte-à-porte est clairement un instrument de concertation très puissant, on recueille l’avis de tous les riverains et on communique directement avec eux. Ça nous a souvent donné beaucoup de force pour rencontrer ensuite l’administration car on avait des arguments précis sur l’opinion locale, des faits objectifs sur la perception d’un projet. Dire “On est vraiment allé parler avec les riverains”, c’est un vrai argument.

Donc si on me demande mon avis, je recommanderais le porte-Ă -porte, tout simplement !

Si vous deviez parler du porte-Ă -porte Ă  un autre dirigeant du secteur Ă©olien, que lui diriez- vous ?

Le porte-à-porte, c’est un avantage concurrentiel. Je suis content qu’EDPR le fasse et je suis convaincu que ça nous donne un avantage sur les autres développeurs pour être mieux acceptés par les acteurs locaux et mieux écoutés par l’administration. .

Si je devais encourager un dirigeant à essayer, je lui dirais “Tant que vous n’avez pas utilisé cet outil de porte-à-porte, vous n’avez pas idée à quel point votre projet est soutenu par la population, vous vivez dans l’erreur”. Et c’est complètement différent de se battre pour un projet qui est soutenu que de le faire pour un projet qui est combattu. C’est important pour le moral des chefs de projets car on entend en fait plus d’arguments positifs sur l’éolien que de critiques.

Donc si on me demande mon avis, je recommanderais le porte-Ă -porte, tout simplement !

L’entretien de Patrick Simon a été réalisé par Guillaume Liegey, co-fondateur d’Explain

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