Idée reçue n°2 : “Si je communique trop en amont du projet, je n’aurais rien à dire et ce sera contre-productif !”

Lorsque chez Explain nous discutons avec les responsables de projets éoliens avec qui nous travaillons, nous entendons souvent les mêmes interrogations sur la manière dont il faut mener une concertation auprès des riverains des projets éoliens :

  • A quel moment faut-il aller à la rencontre des riverains ?
  • Est-ce qu’ils ne seront pas de toute façon majoritairement défavorables ?
  • Est-ce qu’aller rencontrer les habitants ne va pas les inciter à se mobiliser contre le projet ?

Notre expérience du terrain et les données que nous collectons nous permettent aujourd’hui de répondre à ces interrogations. Pour ce mois de juin nous vous proposons une série de trois articles pour déconstruire ces idées reçues :

Idée reçue nº2 : « Si je communique trop tôt, je n’aurai rien à raconter et ce sera contre-productif ! »

A quel moment faut-il initier son processus de concertation ? Dès les premiers contacts avec le territoire ? Avant la pose du mât de mesure, quand c’est un projet éolien ? Pendant les études de terrain ? Avant l’enquête publique ? Ces questions sont souvent un casse-tête pour tout projet local (éoliennes, unité de méthanisation, infrastructure).

Les porteurs de projet ont intérêt à communiquer tôt sur le territoire

Pourquoi y aller tôt ? N’y a-t-il pas un risque d’alerter les potentiels opposants ou de n’avoir rien à dire ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser au premier abord, être sur le terrain en amont du projet permet d’avoir un premier contact constructif avec les riverains. Il permet de clarifier les grandes lignes du projet, même si tout n’est pas encore décidé (pas besoin d’avoir tout ficelé avant d’en parler !) et de faire remonter les sujets d’intérêt des riverains, ce qui sera utile pour la suite de la concertation.

Le manque d’information sur un projet crée souvent une frustration sur le territoire qui peut bénéficier à l’opposition, et c’est en cela qu’il est important de communiquer. Par exemple, la pose du mât de mesure est le premier marqueur d’un projet éolien sur un territoire et soulève déjà des questions chez les riverains. Ainsi, nous intervenons de plus en plus avant la pose du mât de mesure ou au lancement des études pour répondre aux premières questions de la population.

Après avoir mené plus de 40 campagnes dans l’éolien, nous avons étudié le taux de favorabilité des riverains en fonction du stade du projet. On remarque un écart notable entre les riverains que l’on a consulté au moment du lancement des études et ceux qu’on est allé voir en fin d’instruction (cf ci-dessous).

Et cela se ressent dans les conversations avec les riverains : lors d’une campagne en Lozère, nous avons eu des remarques positives des riverains : “C’est une très bonne démarche de venir nous voir aussi tôt” ; “Nous on est jamais prévenu de ce genre de projets et c’est pour ça qu’on est un peu contre”. Au contraire, une campagne réalisée dans la Somme s’est faite après le dépôt du dossier, au moment où le projet n’était plus censé bouger. Les riverains dans ce cas se sentent “mis devant le fait accompli” et sont plus enclins à s’opposer. De plus, lorsque l’opinion est figée il est difficile de la faire évoluer, notamment pour les défavorables : il y a donc un intérêt à venir tôt.

Par ailleurs, lorsque la relation commence dès le début du projet, il sera plus facile de retourner voir les riverains et de les tenir informés tout au long du projet. Nous formons nos ambassadeurs à la remontée de contact des riverains avec qui ils discutent. Avoir leurs coordonnées permet de leur transmettre ensuite des informations et répondre à leurs questions aux stades plus avancés du projet.

Ainsi dans cette situation, l’adage “mieux vaut prévenir que guérir” prend tout son sens : plus les riverains sont au courant en amont des projets, plus il sera facile et constructif de discuter avec eux par la suite !

La suite – idée reçue n°3 : “De toutes façons, la plupart des habitants sont aujourd’hui contre tout projet éolien”

Ces articles peuvent vous intéresser

3 idées reçues sur la concertation, l’exemple des projets éoliens – Idée reçue n°1 :  » Si je communique trop, je risque de réveiller les oppositions « 

Développement du photovoltaïque, quels enjeux ?

L’opposition ne représente pas forcément la majorité : ce que révèle une concertation hyper-locale