À la recherche de la véritable concertation

À la recherche de la véritable concertation

La concertation, entendue comme la participation du public aux processus de décision, est popularisée dès les années 1990. Ce principe est omniprésent dans notre quotidien : on concerte pour la sortie de crise du coronavirus, pour les projets industriels ou pour la création d’une piste cyclable dans une commune.

Derrière ce mot, la même volonté : faire avancer les sujets avec la population, interroger, éviter des situations de blocage. Dans les projets d’aménagement de territoire, les porteurs de projets nous font souvent part d’une frustration liée à la difficulté à créer des contextes favorables à la discussion. Interrogeons-nous alors sur les meilleurs moyens disponibles pour créer ces conditions de dialogue avec la population et faire émerger des projets compris et souhaités. 

Informer les riverains : obligation première à la création d’un débat éclairé

« Je n’y connais vraiment rien donc je veux d’abord me renseigner avant de me prononcer ». Ce riverain rencontré dans l’Aisne autour d’un projet éolien illustre une tendance forte sur les 150 dernières campagnes de porte-à-porte réalisées en France : moins d’un riverain sur deux est au fait de l’existence du projet à côté de chez lui.

Le principal reproche des riverains, c’est précisément ce manque d’information. Il est difficile de toucher la majorité d’une population par les canaux traditionnels (bulletin d’information, journal local) et sans un niveau d’information minimum, on ne peut créer de concertation au sens étymologique : discussion, débat. Le risque d’un débat fermé est alors réel ; débat mené par une frange revendiquée “représentative” de la population mais ne représentant finalement qu’une somme d’intérêts individuels. 

Outre l’information sur le projet, il apparaît important d’informer les riverains sur les modalités de participation. Au sujet d’une réunion publique à venir, un riverain en Bretagne nous dit « Je suis trop jeune et ça fait peu de temps que j’habite sur la commune, je ne suis pas vraiment concerné ». Témoignage d’une autre réalité que nous rencontrons sur le terrain : participer à une réunion publique ou une enquête publique n’est pas trivial pour tout le monde, et cela crée un biais dans les profils que l’on y retrouve. L’information et la pédagogie sont deux moyens de casser des préconçus tels que « il n’y a que des opposants aux réunions publiques ».

Concerter, mais sous quelle forme ?

A l’occasion d’une récente campagne dans l’Aisne, nous avons eu l’occasion d’interroger les habitants sur la manière dont ils souhaitaient être informés et inclus dans le développement du projet. Le canal privilégié est le mail à 42%, devant la communication de la mairie à 26% et loin devant les permanences d’information (3,7%) et les réunions publiques (2,5%). Les modalités de concertation préférentielles sont variables d’un territoire à l’autre et on réalise que certains choix peuvent être vécus par les riverains comme excluants.

Il est cependant difficile de justifier ces choix sans avoir de données tangibles sur la volonté des habitants, dans un contexte où l’administration et les élus locaux (voir notre article sur leur rôle crucial dans le développement) demandent à raison d’inclure la population. En allant voir les habitants et en les questionnant sur la manière dont ils souhaitent être informés et questionnés, on peut légitimer une stratégie de concertation propre à chaque territoire et qui garantit l’objectif initial : prendre en considération les avis locaux. 

Informer régulièrement plutôt que concerter ?

Dans le Grand-Est, un riverain nous confie : « Il faut bien faire des projets, et on vous fait confiance, c’est votre métier ! ». Ce témoignage revient souvent et traduit un sentiment partagé par de nombreux riverains : il est difficile de donner son avis sur des sujets techniques, dans l’aménagement ou l’éolien. En revanche, il est déterminant de tenir les riverains à jour de l’avancée des projets, et de concerter sur des sujets qui leur importent. En Dordogne, un habitant nous précise : « On est complètement pour le projet, mais on aimerait en savoir plus sur les mesures d’accompagnement qui pourraient être mises en place au niveau de la commune ». Ces retours permettent aux chefs de projets d’organiser des discussions autour de sujets précis sur lesquels les riverains ont un impact direct, plus que sur la position d’une éolienne ou le matériau utilisé sur un bâtiment.         Inclure la population autour des projets est aujourd’hui essentiel, mais peut être risqué dès lors que seule une partie de la population est informée. La première étape d’une concertation réussie réside souvent dans la bonne information des riverains, qui permet de rassembler au-delà des débats habituels, et de concerter sur les sujets qui comptent. Cela constitue une véritable opportunité de construire un projet de territoire, qui correspond aux attentes locales, sur des sujets bien souvent non-techniques et difficiles à identifier.

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