Développement du photovoltaïque, quels enjeux ?

Nous avons interrogé Nicolas Berghmans, chercheur en politiques climatiques et énergétiques, spécialiste du secteur électrique à l’IDDRI (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales). Nicolas a répondu aux questions d’Explain sur le développement de l’énergie solaire en Europe et en France.

Panneaux photovoltaïques

Le Green Deal européen fixe une neutralité carbone des pays membres de l’Union Européenne d’ici 2050. Les sources d’énergies décarbonées sont au cœur de cet enjeu. Aussi les énergies renouvelables occuperont une place centrale dans les politiques nationales, comme par exemple les objectifs français fixés à 33% de contribution des EnR dans le mix français d’ici 2030. Qu’en est-il du photovoltaïque ?

Cet objectif se traduit dans la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) est d’atteindre en France une puissance installée de 20,6 GW en 2023 et entre 35,6 et 44,5 GW en 2020 contre 9 GW fin 2019. C’est un défi important pour la filière puisque cela nécessite de rapidement tripler le rythme d’installation de nouvelles installations.

Jusqu’à présent, le développement de l’énergie solaire s’est appuyé sur le soutien public en France comme dans le reste de l’Europe. Le principal levier des Etats a été la mise en place de mécanismes de soutien dédiés, d’abord des tarifs de rachat garantis puis plus récemment des compléments de rémunération octroyés par procédure d’appels d’offres pour les projets de plus grande taille. Avec la baisse importante des coûts du solaire photovoltaïque et la remontée des prix de marché de l’électricité, la quantité de fonds publics nécessaire pour soutenir la production d’un KWh solaire a largement diminué. Dans les régions du Sud de la France à l’ensoleillement favorable on s’attend à ce que certains projets puissent se réaliser sans soutien public.  Néanmoins, pour atteindre les objectifs et les ambitions fixés par l’Europe et en France, il faudra veiller à ne pas abandonner trop vite les mécanismes de soutien public car  ceux-ci contribuent à cette baisse de coût des EnR en réduisant  l’incertitude pour les développeurs de projet et donc leurs coûts de financement.

« Avec les procédures d’appels d’offres, ce sont bien les projets les plus compétitifs, avec les meilleurs potentiels d’ensoleillement, qui sont encouragés avant les autres ».

Le dynamisme du développement du solaire a principalement été  tiré par la baisse de coût de production : chute de 80% en moyenne entre 2010 et 2018 à l’échelle mondiale. L’innovation technologique et les effets d’échelle a joué un grand rôle puisqu’aujourd’hui l’investissement que représente les modules photovoltaïques pèse bien moins lourd dans les projets qu’il y a 10 ans. La levée des taxes à l’importation des modules produits en Chine, a également contribué à baisser le prix d’achat des modules et stimulé les industriels européens. A l’échelle des projets, cette baisse a également été favorisée par le développement de projets plus importants en taille.

Après la bulle des années 2011-2012 et le fort ralentissement qui s’en est suivi, le marché européen du solaire est à nouveau en forte expansion et est marqué  par une concurrence forte.

« Améliorer l’impact paysager, sur l’environnement des installations photovoltaïques mais aussi impliquer les citoyens dans la gouvernance des projets photovoltaïque contribue à renforcer l’appropriation locale et diminue le risque d’opposition au projet »

Pour favoriser l’appropriation locale, l’industrie photovoltaïque peut s’appuyer sur  des projets innovants. L’agrivoltaïsme par exemple, permet de combiner la production d’énergie solaire et les activités agricoles autour des synergies entre ces activités. L’ombre restituée par les installations photovoltaïques peut par exemple diminuer les effets des fortes chaleurs sur les cultures. La participation citoyenne au financement, ou à la gouvernance des projets locaux permet d’améliorer l’acceptabilité locale des projets en assurant une plus grande part des retombées économiques dans les territoires d’implantation des projets.

Vous souhaitez découvrir comment Explain peut intervenir pour favoriser l’acceptabilité d’une centrale photovoltaïque ? C’est ici !

Projets éoliens : retour sur une année de campagne

Converser directement avec les riverains autour d’un projet éolien permet d’identifier que la majeure partie de la population n’est pas défavorable à cette source d’énergie.

En 2019, eXplain a mené pas moins de 49 campagnes de porte-à-porte pour informer et discuter avec des riverains impactés par des projets d’implantation de parcs éoliens à proximité de leur lieu d’habitation. Nos ambassadeurs ont visité 165 communes et frappé à 35000 portes. Plus de 15000 portes se sont ouvertes et pas moins de 11000 conversations s’en sont suivies avec les riverains. Ces quelques chiffres montrent combien la concertation citoyenne est au cœur de la gestion de projets éoliens. Les ambassadeurs permettent ce lien direct avec les riverains qui, pour la plupart, souhaitent ces conversations pour s’informer mais aussi s’associer à la transition énergétique de leurs territoires. 

Informer les citoyens, la première priorité

Bien que l’opinion en France soit globalement favorable à l’énergie éolienne (50% des répondants que nous avons interrogés en 2019 l’étant), plusieurs freins subsistent et peuvent ralentir l’émergence de projets éoliens. Le manque d’information est un premier frein : en 2019 seulement 46% en moyenne des répondants étaient informés du projet en développement près de chez eux. De plus le phénomène dit NIMBY (Not in my backyard) n’est pas à négliger : le taux de riverains favorables chute d’environ 10 points dès qu’il s’agit du développement d’un projet éolien à proximité de leur lieu d’habitation.

Les fonctions du porte-à-porte sont donc plurielles et complémentaires : informer, écouter, pour mobiliser et cartographier l’opinion. En outre, l’acceptabilité varie en fonction de la phase de développement du projet, certaines étant plus complexes à appréhender, comme le moment du dépôt de dossier où le taux d’opinion favorable est en moyenne le plus faible (39%). D’où l’intérêt d’intervenir le plus en amont possible pour rassurer et faire la pédagogie nécessaire.

eXplain intervient en toutes phases d’un projet, pour identifier les freins mais également pour créer un réseau de contacts souhaitant s’associer au projet en cours sur leur territoire. Ainsi, les campagnes de porte-à-porte permettent aux acteurs de l’éolien d’optimiser leurs approches de concertation et leur compréhension du territoire sur lequel ils vont intervenir. 
 

Matthias Hamaï, responsable des campagnes chez eXplain, revient sur le bilan de nos campagnes des projets éoliens en 2019.

Comment classez-vous les opinions des riverains interrogés par les ambassadeurs ?

Une personne « favorable » va exprimer son opinion très vite et directement, au travers d’affirmations explicites. Les conversations sont relativement courtes avec ces personnes, aussi parce qu’elles sont généralement dans une démarche proactive d’information sur le projet. De même, à l’opposé, la personne défavorable est souvent virulente et très explicite sur son opinion. L’indifférent enfin, est lui aussi assez identifiable puisqu’il nous fait comprendre très vite son désintérêt du projet.

Les catégories « neutre » et « ne se prononce pas » sont plus complexes et nécessitent une plus grande attention. Une personne neutre va peser le pour et le contre du projet, elle a un intérêt pour celui-ci, pose des questions, on va lui parler plus longuement. Une personne qui « ne se prononce pas » apprend généralement l’existence du projet grâce à notre passage. Elle reçoit des informations de notre part, mais va poser des questions sur le projet ou sur l’éolien en général, son opinion n’est pas encore formée.

Enfin, nous travaillons constamment sur nos catégories d’opinion, notre but principal étant d’avoir une photographie fidèle de l’opinion à un instant T.

En quoi les porteurs de projets éoliens peuvent-ils tirer avantage des campagnes de porte-à-porte sur leurs projets ?  

Les bénéfices sont nombreux et dépendent des enjeux du chef de projet, notre offre de porte-à-porte est protéiforme et s’adapte à chaque client. Sa force principale est le contact direct avec des riverains sans biais de sélection. Ce contact direct signifie également un volume de répondants important, garantissant de ne rater aucun sujet important localement.

Une campagne de porte-à-porte permet très concrètement d’écouter une population, pour élaborer une stratégie de concertation en fonction de ses attentes, d’informer pour mener le projet en toute transparence, ou enfin de mobiliser afin de maximiser le nombre de participants à l’enquête publique.

Ces trois fonctions correspondent au cycle de vie d’un projet éolien, de la prospection à son autorisation par la préfecture : lorsqu’on lance les études, voire avant, on vient se présenter à la population et on écoute les attentes des riverains. Quand le projet se concrétise, on vient informer sur les contours que celui-ci va prendre. Enfin, quand l’enquête publique approche, l’important est de mobiliser au niveau local, quel que soit l’opinion du riverain. Ce qui compte ici, c’est garantir l’échelon local de la mobilisation.

Pour aller plus loin, téléchargez notre case study Nordex

Le soleil, source d’énergie

Alors que la ministre de la transition écologique Elisabeth Borne a réaffirmé en décembre 2019 les ambitions françaises en matière de développement des énergies renouvelables, en accord avec les objectifs de la PPE, celles-ci sont plus que jamais au cœur du débat public. Et parmi elles, l’énergie solaire se démarque comme particulièrement prometteuse et encore largement sous-exploitée.

Alliant production de chaleur et d’électricité, l’énergie photovoltaïque demeure pourtant aujourd’hui largement minoritaire dans la production d’énergie renouvelable. Alors que divers experts prévoient une production mondiale de 540 GW d’énergie solaire en 2020, l’Europe ne pèserait qu’un peu plus d’un cinquième dans cette production. Aujourd’hui, la France n’est pas un acteur majeur, puisqu’elle ne se classe que sixième au rang des pays européens producteurs d’énergie photovoltaïque et la part du solaire dans les énergies renouvelables n’y est que de 2,7%.

Panneaux photovoltaïques
Panneaux photovoltaïques

Le soleil permet de produire deux types d’énergie. L’énergie solaire thermique, s’effectue passivement par le rayonnement du soleil qui chauffe un fluide dit caloporteur, produit de la chaleur. La production d’électricité repose sur l’effet photoélectrique des photons émis par le soleil qui se transforment en électricité lorsqu’ils sont reçus par un panneau photovoltaïque.

En France, qui sont les acteurs principaux de l’énergie solaire ?  

ENGIE se trouve en tête de liste des producteurs d’énergie solaire en France. Deux sites sont exploités par ENGIE : la centrale de Curbans qui exploite 105 000 panneaux solaires et le parc Gréoux-les-Bains pour 300 000 panneaux photovoltaïques. Les exploitations de l’entreprise totalisant une capacité brute de 900 MWc.

EDF occupe la deuxième place des grands acteurs de l’énergie solaire. A fin de 2018, sa puissance brute installée représente 385 MWc. Spécialiste dans la production d’énergie solaire photovoltaïque, EDF assure l’installation des dispositifs solaires pour les entreprises et les particuliers.

Enfin Tenergie est le troisième acteur principal du secteur de la production d’énergie solaire. Durant le premier semestre de 2018, sa puissance installée avoisine les 383 MWc. Actuellement, Tenergie exploite 70 sites photovoltaïques dans la partie sud de la France qu’elle a également conçu et construit.

Le géant pétrolier Total est également engagé dans la production d’énergie solaire. Son savoir-faire dans la production de panneaux solaires et l’installation de centrales photovoltaïques lui permet de développer aujourd’hui une capacité brute équivalant à 315 MWc.

En France, d’autres acteurs notables travaillent à l’exploitation de l’énergie solaire : Voltalia, Neoen, Photosol, Urbasola etc.

Réhausser les capacités et les ambitions d’ici à 2028

En France, la production d’énergie solaire ne représente qu’une infime partie des énergies renouvelables qui elles même ne représentent que 10% de la production française. Cette faible part est due à la part très importante du nucléaire dans le mix énergétique français. L’énergéticien EDF a déjà fait part de sa volonté de s’engager sur un investissement massif de 25 milliards d’euros afin d’atteindre 40% d’énergies renouvelables dans le mix énergétique français d’ici 2030. L’objectif pour le photovoltaïque étant de porter la part actuelle de cette énergie de 2,7% à 8% de la production d’ici à 2035. En accord avec ses objectifs de transition vers une énergie plus verte, EDF va donc chercher à proposer des dispositifs photovoltaïques toujours plus durables et performants.

Aller plus loin avec un autre article : 3 idées reçues sur la concertation, l’exemple des projets éoliens (1/3)