Porte-à-porte : les fondements scientifiques de la méthode

“Est-ce qu’une discussion de 5 minutes vous fera changer d’avis?” : l’article de Vincent Pons*, chercheur à Harvard, vous explique les fondements du porte-à-porte

Impliquer les habitants d’un territoire dans un projet éolien est un vrai challenge. Entre les associations d’opposants, les réunions publiques qui n’attirent pas grand monde et le manque de temps, il y a de quoi se demander s’il est réellement possible d’engager de bonnes discussions avec qui que ce soit. Mais alors, quelle méthode utiliser pour communiquer et mobiliser ? Pour y répondre, petit plongeon dans les sciences des campagnes électorales…

L’expérience de Alan Gerber et Donald Green

Ces deux chercheurs de l’université de Yale se sont demandés pourquoi les gens participent de moins en moins aux élections. Ils ont émis l’hypothèse suivante : si les gens participaient moins c’est que les méthodes de mobilisation traditionnellement utilisées (courriers, tracts, emails) ne permettaient pas un contact direct entre les électeurs et les candidats et volontaires engagés dans la campagne.

Pour valider cette hypothèse ils ont mené une première étude** en 1998 où ils prennent pour terrain d’expérience la ville de New Haven située aux Etats-Unis (Connecticut). À l’occasion des élections de mi-mandat de cette même année, ils ont divisé, au hasard, en quatre, un échantillon de 30 000 électeurs. Le weekend avant les élections, les volontaires, recrutés par les deux chercheurs, ont fait campagne auprès des différents groupes :

  • Le premier groupe a fait l’objet d’une campagne de porte-à-porte.
  • Les deuxième et troisième groupes ont été contactés pour les uns par des courriers personnalisés et pour les autres par des appels téléphoniques.
  • Dans le 4ème groupe aucune action de campagne n’a été menée : c’est le groupe témoin.

L’hypothèse des deux chercheurs a bien été validée car c’est le porte-à-porte qui a le plus élevé la participation. Le taux de participation du groupe ciblé par le porte-à-porte a augmenté de 12,8 point de pourcentage (44,5% en moyenne dans le groupe de témoin et 57,3% dans le groupe porte-à-porte). L’effet des courriers n’est que de 2,5 point de pourcentage et l’effet des appels téléphoniques est quasiment nul.

Si vous souhaitez en savoir sur la méthodologie de ce travail scientifique rendez-vous ici

D’autres études*** ont été menées sur le même sujet et en prenant l’ensemble des résultats en compte, on estime que le taux de mobilisation est de :

  • 1 personne sur 14 pour le porte-à-porte
  • 1 personne sur 38 pour les appels téléphoniques
  • 1 personne sur 100 000 pour la diffusion de tracts/courriers/emails

Le porte-à-porte, une méthode efficace pour les campagnes électorales mais pas que..

On imagine donc bien qu’avec un tel taux de conversion, le porte-à-porte offre des opportunités considérables qui ne se limitent pas au monde politique. Pour tout projet qui nécessite une mobilisation publique le porte-à-porte peut être utile.

Lorsque l’on cherche à mobiliser autour d’un projet ayant un impact sur le territoire (dans l’éolien, l’immobilier) le contact humain reste le moyen le plus sûr de mobiliser les riverains.

Par exemple, nous avons pu étudier l’impact de campagnes de porte-à-porte en Bretagne dans le cadre d’un projet éolien. Deux campagnes ont été menées sur le même territoire à 10 mois d’écart l’une de l’autre (Mars 2018 et Janvier 2019). Elles ont permis de frapper à 2 820 portes et d’entamer 469 conversations ce qui revient à discuter avec 33% des habitants du territoire. En plus de pouvoir parler avec les riverains et de récolter leur avis, le porte-à-porte a favorisé l’acceptabilité locale du projet. Après la première campagne le pourcentage de personnes favorables était de 45%, il est passé à 48% à l’issue de la seconde campagne. soit une augmentation du taux d’acceptation du projet de 3%!

En conclusion, le porte-à-porte est loin d’avoir fait son temps ! Au contraire, il revient aujourd’hui comme le moyen le plus efficace d’impliquer les personnes dans un projet. Évidemment avoir des outils numériques, des tracts et envoyer des courriers reste important, mais il ne faut pas passer à côté de l’essentiel : le contact humain !

Cet article vous a intéressé ? Téléchargez notre cas d’étude juste ici :

http://content.explain.fr/cas-d-etude-nordex-meuse

* Will a Five-Minute Discussion Change Your Mind? A Countrywide Experiment on Voter Choice in France, VINCENT PONS, American Economic Review 2018, 108(6): 1322–1363 https://doi.org/10.1257/aer.20160524

**Does canvassing increase voter turnout? A field experiment ALAN S. GERBER AND DONALD P. GREEN, Proc. Natl. Acad. Sci. USA Vol. 96, pp. 10939–10942, September 1999 Political Sciences

*** Estimations à partir d’une méta-analyse (cette méta-analyse regroupe 51 études sur le porte-à-porte, 85 sur les emails et 55 sur les appels téléphoniques) menée par Alan Gerber et Donald Green, sur (Green, D., & Gerber, A. (2015). Get Out the Vote: How to Increase Voter Turnout. Brookings Institution Press. Retrieved from http://www.jstor.org/stable/10.7864/j.ctt1657t5x, P. 207, P.213, P.219).